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HUYSMANS Joris-Karl – Lettre autographe signée à Emile ZOLA

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Joris-Karl HUYSMANS (1848 – 1907), écrivain français

Lettre autographe signée à Emile ZOLA. (20 août 1887) ; 3 pages in-8°.
Huysmans s’entretient auprès de Zola suite à la publication par cinq jeunes romanciers d’un article violent contre le dernier roman de Zola, l’Argent : « J’aurais voulu vous écrire, en vous envoyant au moins des renseignements sur la source du solennel et remarquablement niais manifeste du figaro. Mais je ne suis pas allé chez Goncourt depuis son retour de Champrosay, et c’est en somme, la seule maison où l’on puisse s’informer des cancans et des potins. Je sais pourtant par Orsat qui le tenait de source un peu près sûre que c’est cet homme mal élevé qui a nom Rosny [ le romancier J-H Rosny] qui a rédigé ce factum (ça se sent d’ailleurs) et que c’est Bonnetain [Paul Bonnetain journaliste et écrivain naturaliste] qui a imaginé et lancé cette affaire. Le rôle des autres se bornerait à avoir été bêtes. Maintenant, Bonnetain, qui est une âme certes peu fraiche, a-t-il été incité par une personnalité que ces gens fréquentent tous – je le pense fort – car ça me semble flairer fortement le hors Paris ce coup là. Non, mais, il y a, en tout cas, une chose profondément comique c’est Bonnetain parlant de son respect sacré de l’art ! C’est d’un toupet cofondant ! Au reste, ces braves jeunes gens ne semblent pas se douter qu’ils renouvellent les vieux griefs criés depuis des ans par les Sarcey et par les Sehole ! Ils recommencent la stupidité de la discussion sur les sujets, sur les mots ; car en somme, c’est ça, c’est le pet et le mot merde qui les offusque ! Quelle bêtise et quelle étroitesse d’art ! – enfin, malgré tout, ça n’a pas d’importance et j’espère bien que vous n’allez pas faire à ces gaillards là l’honneur d’une réponse – car ils sont vraiment par trop peu à votre taille. Ça leur ferait une réclame dont ils me semblent singulièrement friands. A part cela, mon cher Zola, je n’ai que bien peu de neuf à vous dire. Je m’embête à mon bureau – et je ne vois pas grand monde – en fait de littérature. De temps en temps, je névralgise pour n’en point prendre l’habitude – et je travaille aussi un peu – dans le même but. Mais l’été n’est point mon affaire. Je rêve des Sibéries et des poêles rouges quand le voyou céleste qui est là haut me rissole. C’est étrange, mais d’années en années, mon aversion du soleil s’accentue et plus ça va, mieux je me porte et moins je souffre de migraines, alors qu’il fait froid. Et vous ? Comment allez-vous, et Madame Zola ? – Serez-vous à Médan en 8bre ? Ou allez-vous aux Eaux ? Si vous y étiez à ce temps, j’irais vous y voir un peu, car je pense avoir alors deux ou trois jours de liberté. J’envoie à Madame Zola toutes mes amitiés et à vous aussi mon cher, dans une bonne poigné de main… »

Le 18 août 1887 le Figaro publie une violente diatribe contre La Terre tout juste publié. Les cinq signataires sont Paul Bonnetain, J.-H. Rosny, Lucien Descaves, Paul Margueritte et Gustave Guiches, de jeunes écrivains se prétendant d’anciens disciples de Zola, mais ce dernier ne les connaît à peine. Ces jeunes écrivains veulent dénoncer le « violent parti pris d’obscénité » qu’ils ont décelé dans La Terre, et qu’ils cherchent à expliquer par l’état physique et psychologique de l’auteur, en particulier par sa maladie rénale et ses prétendues insuffisances sexuelles. Pendant une quinzaine de jours, le « manifeste » suscite de très nombreux articles dans les journaux. On suspecte Edmond de Goncourt et Alphonse Daudet d’avoir encouragé Bonnetain et ses amis. La Terre ne sort pas indemne de la polémique. Ce manifeste exprime la déception et l’amertume de la jeune génération devant ce maître autrefois chéri et qui ne répond plus à ses attentes.
Lettre à la correspondance, volume des Lettres inédites à Emile Zola (Droz, 1953) page 129.

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