MERIMEE Prosper – Lettre autographe signée

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Prosper MERIMEE (1803 – 1870), écrivain, historien et archéologue français

MERIMEE Prosper - Lettre autographe signée

Lettre autographe signée à Madame de Beaulaincourt. Mercredi soir (1867) ; 4 pages in-8°.
Belle lettre où il est question du passage de la reine des Pays-bas à Paris, de l’empereur et de l’impératrice : « D’avoir débarrassé mes fauteuils de tous les livres qu’ils portaient, j’avais fait peigner mon chat et ordonné un grand feu et un samovar, pour vous recevoir comme vous aviez bien voulu me l’annoncer, et tous ces beaux préparatifs sont inutiles comme ceux qu’on avait fait pour l’Impératrice d’Autriche. J’espère bien ma revanche. J’ai vu de fort loin l’entrée qui m’a paru conforme au programme et ressembler à toutes les entrées possibles. Je viens de chez Mad. Fould qui est dans un état d’excitation et de désespoir. Adolphe qui a beaucoup pleuré est plus calme, Madame Gustave et son mari se démènent comme des diables dans un bénitier (…) On me dit qu’aujourd’hui le prince Achille Murat et M. de Galisset se battent quelque part en Belgique. Vilaine affaire et peu à la louange de la jeunesse de ce temps. Je ne sais ce que fera le conseil de guerre pour le cas où le duel aurait une mauvaise issue. Il paraitrait que le P. Achille aurait donné sa démission de sous lieutenant, mais je crois qu’il est toujours justiciable d’un conseil de guerre jusqu’après un an révolu. Je vois tout le monde rassuré au sujet des affaires d’Italie, comme s’il y avait quelque chose de terminé. La guérilla reste toujours entre les deux vieux entêté, Garibaldi et un autre que la pudeur m’empêche de nommer. Je ne vois qu’un remède, c’est de les mettre tous les deux dans une île déserte jusqu’à ce qu’un des deux ayant converti l’autre, la paix générale s’ensuivra forcément. Je suis allé lundi dernier à St Cloud je n’étais pas invité et je voulais m’esbigner sans tambour ni trompette, y trouvant la Reine des Pays bas mais on m’a retenu. J’ai d’abord vu l’Empereur dont le premier mot a été : vous avez du être bien fatigué ! puis il m’a parlé de M. Fould avec des expressions qui m’ont touché & qui m’ont fait plaisir. Il avait l’air de sentir véritablement sa perte. L’Impératrice m’a parlé également de M. F. et en bons termes, mais pas avec le même sentiment. Elle le connaissait très peu, car je ne sais pourquoi M. F qui était très homme du monde et même coquet avec les femmes quand il voulait, était toujours resté loin de l’Impératrice et comme en défiance. Je sais même qu’il avait suivi mon conseil, il aurait été au mieux avec elle. Elle m’a raconté son naufrage de Biarritz qui a été plus sérieux qu’on ne l’avait dit. En retournant le lendemain sur les lieux ils ne comprenaient pas trop comment ils s’en étaient tirés. Le Prince est très hâlé, il marche et court fort bien. L’Empereur m’a semblé en très bonne santé. Vous voyez bien que je ne puis pas trouver une plume qui aille. Je cesse ce griffonnage qui me fait enrager. J’étais ce soir engagé (…) pour voir la Reine des Pays bas. Je me suis excusé et je vais me mettre à la moutarde comme au hareng pour tâcher de respirer (…) »