MONET Claude – Lettre autographe signée à sa femme

MONET Claude – Lettre autographe signée à sa femme

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Claude MONET (1840 – 1926), peintre français

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MONET Claude - Lettre autographe signée à sa femme

Lettre autographe signée « Ton vieux qui t’aime Claude » à son épouse, Alice Monet (Hoschedé). (Londres), midi mardi 16 mars 1901; 8 pages (in-8° et in-4°) sur papier en-tête « Savoy Hotel, Embankment Gardens, London ».
Monet, malade et préoccupé par des problèmes de famille, n’a plus le goût à peindre et songe à rentrer en France : « Ma pauvre chérie, Combien je suis désolé et surpris aussi de cette si fâcheuse affaire du Major [le médecin militaire venu contrôler Jean-Pierre Hoschedé, le fils d’Alice, en permission à Giverny], moi qui voyant tes craintes pensais avoir si bien manœuvré en recevant de nouveau des lettres si pressantes. Comment ne pas avoir eu la pensée d’agir un peu auprès de ce Major soit par M. du Château, ou Planchon, je sais que c’est ennuyeux c’est vrai mais enfin il y a des cas ou il faut agir et vous avez été bien, bien maladroits. Quand à son absence elle est impardonnable, il y a longtemps déjà que tu m’as écrit que tu allais faire chercher ses vêtements militaires mais s’en aller juste au moment ou il fallait s’attendre à une constatation. Ta lettre reçue hier ne me disait pas cela – et ne sais qui a reçu le Major car il y avait à dire la vérité et mieux eu valu prendre les devants en se faisant un peu pistonner et vous avez omis de le faire même aujourd’hui par Marthe, c’est une affaire fichue et regretterai bien ces lettres ou je mendiais une faveur enfin je veux espérer encore et j’attends une longue dépêche me renseignant davantage. A part cela je vais plutôt mieux mais hier cette côtelette épinards et vin ont eu bien du mal à passer et j’ai eu un poids sur l’estomac qui m’agaça jusqu’à minuit, et, enfin j’ai admirablement dormi jusqu’à 9h ce matin, j’espérais avoir un mot de Sargent [le peintre américain John Singer Sargent] de son docteur [le docteur Playfair] pour savoir s’il viendra mais rien. Est-il plus mal de partir à la mer n’ayant eu aucune visite hier ni ce matin ? Je suis là avec mes pensées toutes en préoccupation. Tu me parles toujours de mes toiles – mais c’est une affaire finie je n’y pense pas et ne veux plus y penser – je n’ai qu’une idée revenir et qu’une crainte, être pas assez prudent et que cela tarde c’est pour cela que je voudrais voir Mr Playfair [le docteur que lui a recommandé Sargent] mais en somme je me fais plus de bile que je ne souffre car je ne souffre pas du tout, n’ai plus ces chaleurs, seule une faiblesse par manque de nourriture – dont j’ai une peur terrible – surtout depuis hier avec cette pauvre côtelette. Ce matin j’ai pris mon thé avec croissant et maintenant du lait – tu m’as bien mal compris – et cela est désolant en te disant que ta présence ici serait plus utile à Giverny. Je n’ai songé qu’à J. P. [Jean-Pierre, le plus jeune fils d’Alice Hoschedé] à ton inquiétude loin de lui. Justement au moment ou on pouvait venir pour s’assurer de sa maladie – et comme je ne courrais aucun danger j’ai de suite pensé qu’il fallait l’éviter ce déplacement dans un pareil moment – Mais il est si difficile de se faire comprendre que je ne sais plus que dire si ce n’est mon chagrin de n’être pas assez solide pour venir bien vite près de toi de vous tous. Je m’arrête attendant une dépêche de toi espérant qu’elle pourrait être bonne. . [Monet reprend sa lettre à 3h de l’après-midi] Du nouveau depuis midi mais [pas] encore ta dépêche. Comme j’interrompais ces lignes Sargent lui-même est arrivé pour sa première sortie. Il est bien à présent et part lundi pour Douvres et de la à Boulogne ou Calais, son docteur ne veut venir que si j’étais plus mal en consultation avec le mieux ne voulant pas aller sans ses bons soins ou bien alors si ce dernier ne devait plus venir ce que je lui déclarerai demain matin – Sargent m’a obligé à manger et à sortir un peu, j’ai donc pris une aile de poulet et des pruneaux – ça m’a fait plaisir et conforté puis bien couvert suis allé me promener pendant 20 minutes dans ce jardin sous ma fenêtre. Je viens de rentrer et me sens beaucoup mieux seulement Sargent par exemple était furieux que je renonce à mes toiles voulant les voir mais m’y suis refusé, il est désolé de ne pouvoir rentrer avec moi mais ne peut rester à Londres sans travailler. Du reste le docteur lui recommande le changement d’air – un de ses amis un jeune peintre moitié français moitié anglais viendra me voir pour me distraire – c’est aussi un ami de Clemenceau et le connait du reste – Mme Sargent qui l’avait conduit en voiture est revenue le chercher. Je crois que si tu ne l’as déjà fait tu ferais bien d’adresser un mot de remerciement à Mme Sargent et à Mme Hunter à Delaby ou elle est jusqu’à mercredi ou alors 17 Dover Street Picadilly W. car sans elles j’aurais été bien abandonné. Sargent était malade et c’est toujours une consolation de voir des personnes s’intéresser à vous. Je vais attendre ta dépêche pour terminer ces lignes. Je ne cesse de penser à toi et aussi à J. P. – Je vous embrasse tous bien tendrement et t’aime – et voudrais te le bien prouver moi aussi mais pourquoi me dire que tu m’aimes trop ? [Monet reprend sa lettre en fin de journée] 6h – Je suis bien surpris de ne pas recevoir de réponse à ma dépêche de ce matin ne sais que penser si j’avais eu des détails j’aurais peut être encore pu agir. Bien tourmenté, vous embrasse tous amitiés à Butler [Suzanne la fille d’Alice Hoschedé épouse Théodore Butler]. Je me sens beaucoup mieux depuis ma sortie – ton vieux qui t’aime – Claude – J’espère que tu as bien reçu ma lettre ou je répondais à Blanche [Blanche Hoschedé sa belle-fille] d’envoyer au salon. »

Monet retourne à Londres le 24 janvier 1901, son séjour n’est pas une réussite. Il retourne s’installer au Savoy Hotel, au bord de la Tamise, qu’il quittera à la fin du mois de mars. Malheureusement Monet prend froid, il a de fortes fièvres, vomissements et évanouissements, l’appétit disparait, son ami le peintre Sargent lui conseille le docteur Playfair. Le docteur lui diagnostique une grippe sévère qui se transforme en pleurésie. Alice se tourmente pour ses enfants : Michel ne supporte pas la vie de garnison et Jean-Pierre malade, également sous les drapeaux, demande sa permission. Monet intervient auprès de l’influent ministre Bourgeois et obtient pour Jean-Pierre une permission à Giverny. Monet est furieux quand il apprend que le médecin militaire, venu pour une visite de contrôle, ne trouve pas Jean-Pierre.