Jacques PREVERT – Collage original – Paysage de montagnes, 1963

Jacques PREVERT (1900 – 1977), poète et scénariste français. Il gardait précieusement dans son bureau des fragments d’images, des pages de journaux qui pouvaient illustrer un de ses fameux collages. Toutes ces images étaient placées sur des lettres ou des cartes adressés à des amis, qu’il transformait avec des coloriages, grattant la surface pour donner des effets de lumière.

Description

Sans titre, 1963

Collage sur carte postale montée sur papier signé et daté (Eté 1963) en bas à droite.
Exposition : Paris, Loeve&Co, Jacques Prévert – Images avec de la colle et des ciseaux, 6 avril-27 mai 2023

C’est à la suite d’un accident survenu en 1948, où il tombe d’une fenêtre, qu’il s’adonne, durant sa convalescence, aux collages confectionnés à l’aide d’images prédécoupées. Ce goût pour la composition en images ne le quittera plus jusqu’à sa mort. Au sujet de ses collages Prévert disait : « Le mot image veut dire ce qu’il veut dire, ce qu’on lui fait dire, aussi bien ce que les gens ont appelé une métaphore : c’est un mot un peu drôle, un peu savant, comme une figure ou un visage de rhétorique, toutes ces choses ont des noms !
 Mais du moment qu’on écrit avec de l’encre ou un crayon, on peut faire des images aussi, surtout comme moi, quand on ne sait pas dessiner, on peut faire des images avec de la colle et des ciseaux, et c’est pareil qu’un texte, ça dit la même chose. ». Il construit sa réputation d’artiste plasticien autour de ses splendides collages surréalistes, teintés de poésie, qui font l’objet de plusieurs expositions, notamment à la Fondation Maeght de Saint Paul de Vence et à Paris.

Dans ce collage réalisé sur une carte postale, Jacques Prévert transforme un paysage de montagne en une scène insolite. Le ciel bleu, les sommets enneigés, les sapins et le chalet composent d’abord une vue touristique familière. Mais quatre personnages découpés viennent troubler cet ordre paisible. Une grande figure souriante semble avancer au premier plan, tandis qu’une autre apparaît parmi les sommets. Deux silhouettes, placées aux extrémités de la composition, observent ou traversent ce décor devenu improbable.
Prévert joue ici avec les proportions. La figure centrale domine le chalet et rivalise avec les montagnes ; celle qui surgit des cimes paraît appartenir autant au relief qu’au monde des êtres humains. Les personnages ne partagent ni la même échelle ni, semble-t-il, la même origine visuelle. Pourtant, leur disposition donne à l’ensemble une étonnante cohérence : le paysage devient le théâtre d’une rencontre laissant libre à l’imagination de se faire sa propre histoire.
Les contours des images découpées restent perceptibles. Prévert ne cherche pas à effacer entièrement son intervention : c’est précisément la rencontre visible entre la carte postale et ces figures étrangères qui produit l’humour et la poésie du collage. Une image conçue pour montrer fidèlement un lieu se met à évoquer un rêve, un conte ou une apparition. Comme dans ses poèmes, l’association inattendue d’éléments ordinaires ouvre plusieurs sens possibles sans imposer une interprétation définitive.

Si la chute de Prévert en 1948 est souvent associée à ses collages, elle n’en marque pas les débuts : son premier collage connu date de 1943. Durant sa convalescence, le découpage et l’assemblage d’images deviennent toutefois une activité régulière, qu’il poursuivra pendant des décennies. Les cartes postales comptent parmi ses supports favoris. Elles lui offrent des décors immédiatement reconnaissables, qu’un simple déplacement d’échelle ou de personnage suffit à métamorphoser.

Datée de l’été 1963, cette œuvre appartient à une période où les collages de Prévert ont déjà acquis une place publique dans sa création. Ils sont notamment exposés cette année-là à Antibes et à Paris. Celui-ci témoigne de sa liberté d’invention : avec des images trouvées, de la colle et des ciseaux, Prévert compose une image aussi ouverte et vivante qu’un poème.

Quatre regards supplémentaires sur ce collage

Pourquoi les découpages restent-ils visibles ?
Prévert laisse voir les contours de plusieurs figures, particulièrement dans leur rencontre avec le ciel et les montagnes. Ces bords permettent au regard de passer d’une lecture à l’autre : on entre dans la scène, puis on retrouve les images distinctes avec lesquelles elle a été fabriquée.

Comment Prévert préparait-il ses collages ?
Il conservait des images découpées dans des revues, journaux et autres imprimés. Après avoir choisi un décor, il essayait différentes dispositions avant de fixer les éléments. La position des personnages dans cette carte résulte ainsi d’un travail d’assemblage et de choix, même si l’effet paraît spontané.

Pourquoi la date de 1963 est-elle intéressante ?
Cette année-là, les collages de Prévert sont exposés à Antibes et à Paris. Celui-ci date donc d’un moment où son travail avec les images est déjà reconnu publiquement. Trois ans plus tard, son recueil Fatras associera également ses textes à de nombreux collages

Prévert réalisait-il ses collages pour les offrir ?
La plupart du temps oui. Il en composait sur des cartes postales, des lettres ou des enveloppes destinées à ses proches. Cette pratique donne un intérêt particulier au support de cette œuvre.

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