Description
La baie de Nipe
Dessin original. Mine de plomb sur papier signé en bas à droite
Dimensions : 24 x 18 cm
La baie de Nipe se situe sur la côte atlantique de Cuba, au sud-est de l’île.
Il s’agit du dessin préparatoire à la gravure sur bois titrée « La baie de Nipe », 33 x 28,8 cm répertoriée sous le numéro 49 du catalogue « Félicien Rops et son œuvre » Bruxelles, chez Edmond Deman, libraire, édité en 1897.
Musée : Œuvre répertoriée aux collections du Musée Félicien Rops à Namur. Félicien Rops, La Baie de Nipe, sans date, gravure sur bois, gravée par Prunaire, d’après Rops, pour une société financière hispano-française exploitant des territoires dans l’île de Cuba, 28,8 x 32,8 cm. Musée Félicien Rops, Province de Namur, inventaire : PER E1142.1.P
Deux figures féminines, dressées chacune sur un socle, se répondent de part et d’autre d’un espace central laissé libre. À gauche, un casque ailé et un caducée désignent le Commerce ; à droite, une gerbe portée derrière les épaules évoque l’Agriculture. Ces mots figurent, en écriture inversée, sur les rubans qui ornent les socles. Ici, le dessin ne montre pas un paysage cubain mais donne à voir un décor symbolique consacré à la baie de Nipe.
Les deux personnages féminins ont des attitudes distinctes. Le Commerce se tient presque de face, dans une posture stable et assurée. L’Agriculture, quant à elle, incline la tête et lève les bras pour soutenir sa charge. Cette opposition anime une composition rigoureusement équilibrée. Les drapés, les accessoires et les motifs des socles sont étudiés avec soin, mais certaines lignes restent ouvertes ou reprises. La mine de plomb laisse voir le travail de mise en place : le trait cherche la bonne position des corps tout en précisant les détails qui devront demeurer lisibles dans l’image finale.
L’écriture inversée des inscriptions est particulièrement intéressante. Elle rappelle que la feuille appartient à un processus de reproduction, dans lequel l’orientation de l’image et des lettres compte autant que leur dessin. Le passage de cette étude à une estampe suppose aussi le travail d’un autre artisan, Prunaire, graveur sur bois.
La destination de l’image éclaire le choix des allégories. La gravure aurait été réalisée pour une société financière hispano-française liée à l’exploitation de territoires cubains. Le Commerce et l’Agriculture présentent ainsi, sous des formes idéalisées, deux promesses économiques associées à cette entreprise. Ce contexte replace le dessin dans le monde de l’imagerie de promotion et des intérêts coloniaux de la fin du XIXᵉ siècle, un aspect moins connu de l’activité de Rops.
L’intérêt de ce dessin tient précisément à ce décalage entre sa fonction et ce qu’il donne à voir. Avant l’image achevée, il révèle deux figures conçues pour convaincre, ainsi que les choix graphiques nécessaires à leur réalisation. Une épreuve de La Baie de Nipe, gravée par Prunaire d’après Rops, est conservée au Musée Félicien Rops de Namur.
Pour mieux comprendre ce dessin de Rops
Pourquoi le Commerce porte-t-il un casque ailé et un caducée ?
Ce sont les attributs d’Hermès, divinité traditionnellement associée aux échanges. Rops les utilise pour rendre l’allégorie identifiable avant même que le spectateur lise « Commerce » sur le socle.
Pourquoi les deux figures sont-elles dessinées séparément ?
Cela permet de regarder les personnages comme deux études de détail : leurs gestes, leurs drapés et leurs attributs sont plus faciles à examiner que dans une composition imprimée complète.
Peut-on voir ailleurs une image intitulée La Baie de Nipe ?
Oui. Outre la gravure sur bois signalée dans les collections du Musée Félicien Rops, le Los Angeles County Museum of Art conserve une photogravure cataloguée La Baie de Nipe, « d’après Rops ». Sa notice décrit une bordure ornée de figures allégoriques et un espace central laissé blanc. C’est un rapprochement intéressant pour comprendre la destination graphique du dessin.
Quel était le contexte politique de Cuba lorsque cette image a été conçue ?
Le catalogue ancien présente La Baie de Nipe comme une vignette pour les actions d’une société hispano-française. Cuba était alors sous domination espagnole, qui prend fin en 1898. Les figures du Commerce et de l’Agriculture peuvent donc être lues dans le contexte des intérêts économiques européens sur l’île.




